La domination très marquée de la sneaker voit émerger un contrepoint inattendu : la sandale. Faut-il y voir une simple fantaisie estivale ou le signe d’une mutation plus profonde ? Longtemps cantonnée à l’usage pratique, elle s’invite désormais dans les silhouettes des créateurs comme dans la rue. À vrai dire, le mouvement répond à une demande nette : gagner en confort sans renoncer à une esthétique maitrisée. Des maisons et labels positionnent des modèles ouverts au cœur de leurs lignes urbaines, preuve que la catégorie n’est plus périphérique. Ainsi, une question guide la lecture : comment un soulier réputé décontracté peut-il redéfinir les codes de l’élégance masculine en ville ?
L’essor de la sandale dans la culture « sneaker »
Il y a dix ans, qui aurait parié sur la sandale dans un vestiaire street ? Certes, l’imaginaire vacances persistait, mais la donne a changé : la sandale occupe désormais une place significative dans les rotations des amateurs de mode, au point d’être traitée comme une « chaussure de référence ». De ce fait, le combo sandales + chaussettes, longtemps négligé, s’est imposé comme une audace assumée sur les podiums printemps-été 2024 avant de gagner la rue. Pourquoi ? Parce qu’il concilie confort, modularité saisonnière et signature visuelle immédiatement lisible.
Le marché des sandales pour homme propose un spectre large : mules minimalistes, sandales de pêcheur, silhouettes techniques. Mieux encore, les matières jouent un rôle décisif : cuir velouté, néoprène, EVA à mémoire de forme. Résultat : associer une sandale à un cargo ample ou à un jogging en molleton n’a plus rien d’iconoclaste dans les capitales de la mode, où l’on voit fleurir des interprétations allant du luxe discret aux déclinaisons utilitaires.
Gorpcore, techwear : quand l’outdoor s’installe en ville
Le succès de la sandale s’inscrit dans la transformation des codes « outdoor » vers l’urbain. Boucles magnétiques, brides en ripstop, semelles crantées de type Vibram : la fonction devient langage esthétique autant que garantie d’usage. Faut-il y voir un simple héritage de la randonnée ? Pas seulement ! La mode technique pour la ville a pris son autonomie, intégrant des détails de performance dans des silhouettes pensées d’abord pour le quotidien. La chaussure devient alors repère visuel, équilibrant les volumes « oversize » des pantalons et vestes contemporains.
Le phénomène n’est pas isolé : la mouvance « core » a diffusé des styles hybrides où l’efficacité matérielle (accroche, maintien, séchage rapide) sert de prétexte à une écriture formelle nouvelle. Autrement dit, l’usage n’est plus l’ennemi du style, il en est l’argument.
Sandales + chaussettes : un code devenu signature
Question directe : peut-on porter des sandales toute l’année ? Oui, à condition d’embrasser la superposition. La maille épaisse côtelée (blanche ou chinée) crée un contraste net avec une mule en cuir sombre et ancre la silhouette dans des codes sport revisités. Le principe : éviter les chaussettes fines et privilégier des textures qui dialoguent avec les volumes du pantalon. La jonction cheville-ourlet mérite d’ailleurs une attention précise pour ne pas « casser » la ligne.
Cette grammaire visuelle s’est installée au plus près de la mode : ce qui paraissait transgressif est désormais un clin d’œil maitrisé. Les éditoriaux et défilés l’ont largement légitimée, au point d’en faire un signe distinctif du streetwear contemporain.
